VARIOUS ARTISTS – FRENCH BOSSA NOVA 1963-1974 – 2LP

24,00

Indispensable collection de french Bossa Nova minutieusement confectionné par l’excellent label Born Bad records. Comme toujours parfait livret, textes passionnants, géniale iconographie et illustrations. Super Cadeau Made in France !

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Description

Ce qu’en dit le géant label Born Band Records :

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Depuis la révolution bossa-nova à la fin des années 1950, l’évidence des influences brésiliennes sur la chanson française a été mise en exergue. Pierre Barouh ou Georges Moustaki, mais aussi une armée d’artistes moins exposés, ont fait de la Musica popular brasileira (MPB) un axe de prosélytisme au service d’un mode de vie brésilien cool et métaphysique, moderne et métissé. Certains avaient été séduits corps et âme par les langueurs poétiques de la bossa, d’autres n’avaient envie que de s’amuser, et puis il y avait ceux qui aimaient l’hybridation américaine, jazz-bossa, jazz-samba.
A la question presque fondamentale : qu’est-ce que la bossa-nova ?, l’un de ses créateurs, Joao Gilberto répondait : « Par le style, la cadence, pour tout, c’est de la samba. Au tout début, on n’appelait pas encore ça de la bossa-nova, nous chantions « une petite samba faite d’une seule note – Samba de uma nota so…. La discussion sur les origines de la bossa-nova est donc inutile ». Il est quand même utile de rappeler que ces magnifiques chansons brésiliennes, que le guitariste qualifie de samba, ont été triturées, décalées, mises en équilibre sur des accords improbables. « J’aime les choses penchées, cet entre-deux qui boite avec grâce », affirmait Pierre Barrouh, citant Jean Cocteau.
Sentimentale, arrangée aux violons ou issue d’une guitare magnifiée en souplesse, la bossa nova a très vite été transformée. Ce que nous donne à entendre Tchic, tchic , French Bossa Nova 1963-1974, résultat d’une réappropriation culturelle, qui passe par les Etats-Unis, et s’enrichit en France.
Révolution musicale, toujours aussi prégnante, la bossa nova est née à Rio. De 1956 à 1961, le Brésil vit des années dorées. En cinq ans, le pays s’invente une épure moderniste. Elu président de la République en 1956, Juscelino Kubitschek de Oliveira, type élégant au front large, manie un slogan prometteur : « Cinquante ans de progrès en cinq ans ». Il s’attelle vite à la tâche. Sans se soucier de creuser la dette, il lance le projet de la nouvelle capitale fédérale, Brasilia, dessinée par l’architecte communiste Oscar Niemeyer. Volkswagen ouvre des usines de pointe et créé la « fusquinha », la coccinelle. A Rio, la Vespa fait son apparition. Les éphèbes de l’Arpoador Surf Club croisent la « fille » d’Ipanema, Helô Pinheiro – la garota (« nana ») bronzée, entre la fleur et la sirène, qui promène ses 17 ans devant le bar Veloso, où de fieffés auteurs-compositeurs, Tom Jobim et Vinicius de Moraes, s’enivrent au whisky. Dès lors, la bossa symbolise le cool.
En 1958, Joao Gilberto enregistre Chega de Saudade, que les patrons de Philips renient en la qualifiant de « musique pour ¬pédés ». Le directeur du marketing, qui, lui, y croit, fait presser en douce trois mille 78-tours, et les distribue à la sortie des collèges à Rio. Et c’est un raz-de-marée.

Les jazzmen américains prennent le relais, en particulier le trompettiste Dizzy Gillespie et le guitariste Charlie Byrd. En novembre 1962, le ministère des affaires étrangères brésilien finance un concert « Bossa-Nova » au Carnegie Hall de New York, avec les pionniers du genre. Brouillon, le show vire au fiasco. Mais la troupe est invitée par Jackie Kennedy à la Maison Blanche. La première dame adore « the new beat » et en particulier Maria Ninguem, chanson de Carlos Lyra, reprise par la suite par Brigitte Bardot.
Au Brésil, le coup d’Etat militaire de 1964 coupe les ailes à l’euphorie. L’atmosphère délétère qui s’ensuit pousse bon nombre de musiciens brésiliens au départ, si ce n’est à l’exil. Ainsi, Tom Jobim, Sergio Mendes, Joao Gilberto rejoignent-ils les Etats-Unis. A New York, Joao Gilberto rencontre le saxophoniste Stan Getz. A cette époque, il est marié à la Bahianaise Astrud Weinert Gilberto, de père allemand. Elle n’a jamais chanté, mais elle a l’avantage de parler ¬anglais. Getz lui demande donc de se substituer à son mari pour une interprétation de The Girl of ¬Ipanema. L’album Getz/Gilberto avec Tom Jobim au piano, sort en mars 1964. Phil Ramone, le « pape de la pop » est aux manettes pour le son.
La bossa nova va arriver à Paris par le canal historique (Pierre Barouh, Baden Powell, Moustaki…), le canal « guitare-voix ». Mais la France aime le jazz, Paris a digéré les apports américains. Tout ce bon monde passe, ou est passé, par Saint-Germain-des-Prés. Le cabaret l’Escale est le haut lieu de l’Amérique Latine. On y retrouve Pierre Barrouh et ses amis, tel le Trio Camara, des as de la samba-jazz, dont l’unique album est publié par le label Saravah. Avec un groupe bizarrement dénommé Les Masques (qui cache entre autres Nicole Croisille et Pierre Vassiliu), le Trio Camara enregistre un drôle de Brazilian Sound, dont ce Il faut tenir présenté dans cette compilation bâtisseuse gourmande de raretés.
On y trouve en effet des amateurs éclairés de musiques aux marges, tels Jean-Pierre Sabar, auteur-compositeur (Hardy, Auffray, Leforestier…), organiste de pop rock français Balthazar. Sabar enregistre en 1975 Aurinkoinen Musiikkimatka sur un label finlandais, où figure le déjanté Vai, Vai, présenté ici. Nous voici sur les traces de musiciens brésiliens créateurs de formes électrifiées, avec claviers et synthétiseurs, marqué du sceau du funk et du disco, tels Sergio Mendes, Eumir Deodato ou Marcos Valle. Une forme que Véronique Sanson affectionne quand elle écrit en 1969 Jusqu’à la Tombée de la nuit pour Isabelle de Funès, nièce de Louis et grande amie de Michel Berger – Sanson reprendra ce titre pour l’album Sans Regret en 1992.

Summum de l’exotisme et du voyage, le Corto Maltese de Sylvia Fels, avec tam-tams, embruns et rumeurs maritimes. Le titre est extrait de l’album concept composé en 1974 par Jacky Chalard, Je suis vivant, mais j’ai peur, basé sur le roman de science fiction de Gilbert Deflez.
Pourtant, la bossa nova étend le champ du populaire. « Dans les années 1970, j’étais fan de Sergio Mendes, de Getz/ Gilberto. Je suis tombée en amour pour cette musique que je connaissais parce que j’avais été chanteuse d’orchestre », nous explique Isabelle Aubret qui livre, en 1971, un album composite : des covers du très funk Jorge Ben, d’Orfeu Negro, de Tom Jobim et Vinicius de Morais se mêlent à Jean Ferrat. « J’ai enregistré cet album pour les disques Meys à Paris, loin du brésil, avec de merveilleux musiciens, François Raubert, Roland Vincent, Alain Goraguer … ». C’est ce dernier qui écrit les arrangements de Casa Forte, titre très percussif emprunté à Edu Lobo, l’un des initiateurs de la bossa passée à la moulinette de la Californie. « Le jazz et la bossa s’étaient alliés pour produire une musique très rythmée. Moi, j’aime chanter, cela permet de rêver, de s’amuser, de se défoncer sur scène, et avec ces titres, j’avais un sentiment de joie, ça balance, on chante en dansant ».

Les tournées mondiales des chanteurs français, et les désirs de tropiques, passent souvent par Rio, ses mornes, sa forêt, ses caipirinhas et ses corps bronzés. Il y a des surprises, comme ce Iemenja (Iemanja est la déesse de la mer dans le candomblé, la religion afro-brésilienne). Tout comme le compositeur est musicien Jean-Pierre Lang, installé à Sao Paulo, Claire Chevalier apprend le Brésil au Brésil. En 1970, la chanteuse et peintre publie un 45 T, Mon mari et mes amants, sous le pseudonyme improbable de Clarinha (petite Claire). Elle vit alors à Rio, avec son mari, Joël Leibovitz, qui a fondé un groupe, Azimuth, et possède un label de disque spécialisé dans les « sambas enredos », les chansons de défilés des écoles de sambas.
Pour la face B, elle met Pierre Perret à contribution, pour qu’il pose des paroles sur une composition de Carlos Imperial: « Oh déesse de la mer, o déesse Iémenja, j’apporte une rose blanche pour parer tes longs cheveux … ». « Perret était passé nous voir, et nous, nous amusions, se rappelle Joël Leibovitz. Iémenja, c’était pour le plaisir, nous l’avons enregistré au studio Havaí, derrière la Central du Brasil [la gare centrale]. L’arrangeur Erlon Chaves, qui a travaillé avec Elis Regina, nous a rejoints », apportant son lot de percussions afro brésiliennes et de cuivres funky.
Il y a parfois comme un malentendu dans cette histoire franco-brésilienne : la bossa, certes hédoniste, est perçue comme rigolote, alors même que les poètes qui en ont écrit les textes philosophent sur la condition humaine. Ses interprètes français la tire vers un univers carnavalesque très éloigné de ses fondamentaux. Ainsi, Jean Constantin reprend-t- il la célèbre Samba da minha terra, ode à l’art de la samba du composteur classique bahianais Dorival Caymmi, sous le titre aguichant de Pas tant de tchi tchi pompon : « Sur ton embarcadère pas de tchi tchi/ quand tu te cambres, tu sais que tout est bon » (paroles de Gérard Calvi). Ce précipité de bossa « bac à glaçons » vise l’absurde, mais garde une certaine élégance.
En effet, Jean Constantin n’est pas la moitié d’un idiot, l’homme rondouillard porte une moustache XXL et fait dans la fantaisie, (Les pantoufles à papa, Le pacha, empreints de cha-cha-cha-cha, de salsa ou de jazz) mais il est aussi le parolier de Mon manège à moi interprété par Edith Piaf , le compositeur de Mon Truc en plume de Zizi Jeanmaire et de la B.O. des 400 Coups de François Truffaut. Le Poulpe, paru en 1970, dont est extrait cette bossa, a été arrangé par Jean-Claude Vannier, complice du Melody Nelson de Serge Gainsbourg. Bref : « Y en a assez comme samba/A jauger de l’ombrelle/Car ma pauvre cabeza/Va mourir au soleil ».
Même l’actrice américaine Marpessa Down, qui pourtant fut au cœur de la révolution bossa nova en tenant le rôle d’Euridyce dans le film de Marcel Camus Orfeu Negro, Palme d’or à Cannes en 1959, donne dans le cliché avec Je voudrais parler au petit cuica – « Dis moi comment tu fais pour donner toujours envie de danser/C’est vrai je dois l’avouer, à ta magie je ne peux pas résister » – en conséquence, on entend la cuica, ce petit tambour à friction hérité des Bantous.
Mais la bossa nova a de multiples facettes. Sociétales, bien sûr, qui poussent des actrices symboles de libération de la femme, telle Brigitte Bardot, Jeanne Moreau, ou Sophia Loren à se livrer à l’exercice de la bossa accélérée. En février 1963, Sophia Loren enregistre à Rome un album en français, Je ne t’aime plus, où figure De jour en jour, une bossa écrite par deux Italiens, Armando Trovajoli et Tino Fornai, et qui sortira un peu plus tard chez Barclay. La bossa accompagne les années 1960-1970, celles de la libération des mœurs. Ann Sorel, qui interprète ici La Poupée des favellas, avait fait sensation avec L’amour à plusieurs, une chanson provoc de Frédéric Bottom et Jean-Claude Vannier. Quant à l’actrice Andrea Parisy, elle avait affiché son effronterie bourgeoise dans Les Tricheurs de Marcel Carné avant d’interpréter Les mains qui font du bien. Et puis, voici l’amie de Boris Vian, Magalie Noël, l’interprète de Johnny fais-moi mal, embauchée pour Une énorme Samba, composée par l’arrangeur de Gainsbourg, de Bobby Lapointe ou de Jean Ferrat, Alain Goraguer (paroles de Frédéric Botton), exercice totalement carnavalesque « sans chemise ni pantalon ».
Mais au finale, de quel bois est fait la bossa nova ? Réponse par Christianne Legrand, fille de Raymond, chef d’orchestre, sœur de Michel, compositeur: « Avec des je, avec des jà » – jà signifie « tout de suite » en portugais. En 1972, la chanteuse experte en jazz vocal au sein des Double Six publie Le Brésil de Christianne Legrand. Deux chansons présentées sur la compilation Tchic Tchic démontre que la bossa, jazz, funk, rock, etc. fonctionne comme un couteau suisse : elle sert à dénoncer des avenirs bouchés, ou les miracles, HLM et ciné roman, Cent mille poissons dans ton filet, deux titres sortis de la BO de O Cafona, une telenovela à succès, diffusée, à l’époque en noir et blanc, sur TV Globo. Le premier a été adapté en français par la combattante et amie de la tribu des Legrand, Agnès Varda. La seconde se contente de jouer sur les mots, de les bousculer dans une roulade estivale : ton, thon, Tom, avec vagues, rires et scats.

Véronique Mortaigne

Informations complémentaires

FORMAT

DOUBLE LP VINYLE

LABEL

BORN BAD RECORDS

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